Des Femmes s’éveillent.

À paraître en 2023.

Huit femmes que tout sépare et qui n’étaient pas destinées à croiser leurs destins, se retrouvent dans un même bus. Celui de la ligne 5. Un évènement va les réunir et bouleverser leurs existences.


Extrait « Ariane »

Ariane est une âme discrète. 
Son quotidien est fait de voyages manuscrits immobiles et hors du temps. Sa douce silhouette se déplace comme une ombre entre les étals des librairies. Elle a choisi de rendre sa lumière anonyme, elle préfère réserver ses yeux de reine pour des héros d’écriture.
Chaque page qui courbe l’échine sous ses doigts est un acte d’amour. Elle préfère aimer les mots que les gens, parce que les mots ne mentent pas. Alors elle lit, comme elle respire, par petits souffles silencieux. Autour de ses rétines perçantes, un vert pomme s’étale comme un atoll d’océan. Des vols d’oiseaux de papier viennent décorer son ciel de nuances lettrées, de ponctuations sauvages et de marges griffonnées.
Sa solitude nourrit ses nuits d’encres et de poésie. Elle écrit, elle murmure de tout son corps sa passion dévorante pour ces amants fidèles qu’elle range précieusement contre les murs de son château sans ascenseur.
Des mondes à perte de vue, des émotions à perdre l’esprit.
Ce matin, elle s’est embrumée dans ses draps blancs, elle a retardé sa sortie de la torpeur réchauffante qui la rassure, de ce dernier train littéraire qui l’a emportée tard dans la nuit.
Elle a toujours décoré sa vie de fleurs éphémères et de scènes imaginaires théâtralisées derrière un grand rideau de velours. Mais aujourd’hui, elle doit affronter le monde extérieur, la foule hostile, le tumulte chaotique de la ville insolente. 
D’un geste fébrile, elle tourne la clé dans la serrure et descend les escaliers aussi légère qu’une ballerine.
L’arrêt de la ligne 5 est à quelques mètres, elle inspire en fermant les yeux et s’engage sur le trottoir de la réalité. »

Extrait « Gloria »

« Gloria ouvre les yeux.
Difficilement. Le semblant de sommeil a été court.
Avant de faire le moindre mouvement, elle oriente ses yeux vers la gauche, elle écoute. 
Il dort, juste à côté d’elle, en faisant du bruit avec sa bouche, mais il dort. Elle fait glisser sa main droite sur le côté du matelas, chaque geste est une douleur, il lui semble avoir reçu un déluge de pierres sur chaque parcelle de son corps.
Comme un animal blessé, elle parvient à faire mouvoir ses hanches vers le bord du lit. Encore quelques centimètres et elle parviendra à poser un premier pied à terre, sur ce sol sacré qu’elle vise, qu’elle espère atteindre. Elle a mal, mais l’envie de quitter cette pièce est plus forte que tout. 
Au moment où il ne reste que quelques centimètres entre ses orteils et le parquet, elle le sent bouger, il ne ronfle plus. Elle s’immobilise, en équilibre, faisant jouer ses abdominaux déjà si douloureux, elle serre sa mâchoire tuméfiée, elle respire le moins possible, ses yeux écarquillés sont fixés sur la porte.

Fausse alerte.

Gloria parvient a se dresser et la sensation de ses pieds sur le parquet est déjà une infime délivrance. 
Elle inspire et ferme les yeux, elle songe à revenir en arrière et ne pas prendre de risques, mais non, toute la douleur qui frappe aux parois de son corps lui rappelle que son seul salut est là, derrière la porte de cette chambre où flotte l’odeur amère et désagréable de l’alcool. »

Extrait « Meriem »

Il est sept heures. Meriem ouvre les volets de sa chambre. Elle ferme les yeux et inspire l’air frais de cette nouvelle journée qui s’annonce ensoleillée. Elle aime prendre ces quelques minutes, accoudée au rebord de sa fenêtre, pour écouter le silence de l’aube. Meriem est musulmane. Sa culture natale baigne son cœur d’une mélodie nostalgique. Elle est arrivée en France lorsqu’elle n’était qu’une enfant, elle flotte dans une existence plurielle, entre son amour pour ce pays qui est le sien et la tendresse pour ses racines nord-africaines. Elle aimerait que le monde s’inspire des doux sentiments qui irriguent ses veines, elle aspire à une paix globale pour cette humanité qui se déchire.
Après avoir récité sa première prière, elle s’abandonne sous l’eau tiède. À la sortie de sa douche, elle nettoie son visage avec du savon à l’huile d’Argan et aux pétales de roses, puis, délicatement, elle applique sur sa peau une eau florale à l’essence de jasmin. Ce visage qu’elle observe est doux et enfantin. On pourrait croire qu’il a été dessiné par un peintre italien de la Renaissance.
Contrairement aux préjugés infondés des intolérances, la féminité est une notion importante dans sa religion, mais surtout, comme dans le cœur de toutes les femmes, elle fleurit le sien d’une beauté naturelle. Elle s’habille simplement mais joliment. Elle irise ses lèvres d’un rose léger. Puis, méticuleusement, elle couvre sa tête d’un hijab de couleur parme. De ses doigts fins et d’un geste précis, elle forme les plis autour de son visage, enroule le tissu autour de son cou et le laisse glisser sur la naissance de ses épaules. 
Elle est une femme libre qui a choisi sa propre spiritualité et qui maîtrise son image selon sa volonté. Il est temps de quitter l’appartement. »