La ligne blanche

(Micro-nouvelle)

Après une troisième nuit froide, Daniel se prépara mentalement à cette nouvelle journée de route.
En quelques minutes, l’air nordique prit possession de son visage en décorant sa barbe de cristaux de glace.
Il plia sa tente dans un enchaînement gestuel mécanique et précis, but un café tiède et grignota quelques biscuits secs. Il enfila ses gants, resserra les lacets de sa capuche puis vérifia l’état de ses roues en jetant un œil sur la carte routière et les trois cent cinquante deux kilomètres restants.
La longue route s’effaçait au loin dans les brumes. De chaque côté, les étendues immaculées islandaises bordaient, comme des tapis de coton, cette ligne blanche semblant aussi fragile qu’un trait de craie sur un tableau noir. Ses accessoires rangés dans les sacoches, solidement fixées derrière lui, il reprit son voyage en solitaire, sa quête intime, comme il aimait le dire. Rien ni personne n’avait pu le décourager. Rien ni personne n’avait pu ramener cette âme brave et déterminée à la raison. Mais quelle raison finalement ?
Tout homme qui arrose son rêve d’espoirs est doté d’une force mystique et incompréhensible par les cœurs trop cartésiens.

Quelques minutes plus tard, on pouvait voir, entrainé par la force de ses bras solides, le fauteuil roulant qui disparaissait au loin dans les vapeurs glacées matinales. Au bout de la ligne blanche, il ne fut plus qu’un point noir de lumière dans l’immensité du possible.

Malo de Brume


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